Chaque matin, des dizaines de travailleurs montent à bord d’une navette qui relie directement la station de métro Montmorency, à Laval, à l’Aérocité internationale de Mirabel (YMX). Mis en service le 19 août 2024 par Aéroports de Montréal (ADM), en partenariat avec exo, la Ville de Mirabel et plusieurs entreprises du pôle aérospatial de Mirabel, YMX Express vise à offrir une solution de transport collectif adaptée aux réalités des travailleurs du secteur. Le projet a été bâti à partir d’un plan de gestion des déplacements élaboré avec l’accompagnement de MOBA. D’abord financé entièrement par le secteur privé, le service bénéficie maintenant d’un appui gouvernemental qui en assure la pérennité jusqu’en 2028.
10 000
travailleurs
1 400
travailleurs consultés
24
entreprises participantes
35 min
de trajet
2,66 M$
d’investissement
L’Aérocité YMX regroupe aujourd’hui une quarantaine d’entreprises et près de 10 000 travailleurs sur le territoire de Mirabel. Pendant longtemps, ce pôle aérospatial d’importance a fonctionné en vase clos sur le plan de la mobilité : aucune ligne de transport en commun ne desservait efficacement le secteur, forçant la quasi-totalité des employés à se déplacer en voiture solo.
Cette dépendance à l’automobile générait son lot de conséquences bien connues : congestion routière, stress lié aux déplacements, coûts individuels élevés et empreinte carbone importante. Selon les données colligées dans le cadre du projet, les déplacements en voiture des employés de YMX représentaient à eux seuls plus de 49 millions de dollars en dépenses annuelles et environ 15 223 tonnes de CO2 équivalent.
Le problème n’était donc pas seulement environnemental : il freinait aussi la capacité des entreprises du secteur à attirer et à retenir une main-d’œuvre qualifiée dans un marché de l’emploi hautement compétitif.
Pour structurer sa réponse, ADM a fait appel à l’expertise de MOBA en gestion des déplacements. La firme a d’abord cartographié les codes postaux des employés en fonction de leurs quarts de travail, afin de cerner précisément les besoins du secteur.
Une consultation d’envergure a suivi, réunissant 1 400 travailleurs et 24 entreprises, pour documenter les habitudes de déplacement et mesurer l’ouverture réelle des employés à des solutions de mobilité durable.
Les résultats ont été révélateurs : 36 % des employés résidaient déjà à proximité de leur lieu de travail, et 16 % se disaient ouverts à délaisser leur voiture pour un mode de transport collectif, un potentiel de transfert modal suffisant pour justifier la mise en place d’un service dédié.
Cet accompagnement a permis de réunir autour d’une même démarche des acteurs aux intérêts parfois divergents, municipalité, opérateur de transport et entreprises privées, autour d’une solution commune, chiffrée et calée sur les réalités du terrain.
Fait notable : au moment de son lancement, YMX Express ne bénéficiait d’aucun financement public. Le service, gratuit pour les employés et les visiteurs, reposait entièrement sur les contributions d’ADM et de ses partenaires industriels, Avianor, Nolinor, Safran, Transport Robert, Airbus Canada et Airbus Atlantique, aux côtés de la Ville de Mirabel.
L’exploitation quotidienne, elle, a été confiée à exo, qui a assuré la conduite et la gestion opérationnelle des trajets. Ce pari, financé à risque par des entreprises privées avant même qu’un bailleur de fonds public ne s’engage, visait un objectif précis : démontrer, avec des données concrètes, la viabilité et la nécessité d’un service permanent pour convaincre l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) d’investir à son tour.
Le pari a porté fruit.
En décembre 2024, quelques mois après le lancement de la navette, le gouvernement du Québec annonçait la création du programme Partenariats collectifs, doté d’une enveloppe de 24,6 millions de dollars destinée à soutenir des projets de transport collectif cofinancés avec le secteur privé dans les couronnes nord et sud de la région métropolitaine de Montréal. Le programme prévoit que Québec finance jusqu’à 50 % de la valeur des contrats octroyés, l’autre moitié devant être assumée par les entreprises participantes.
Le 4 septembre 2025, la vice-première ministre et ministre des Transports et de la Mobilité durable, Geneviève Guilbault, annonçait que YMX Express devenait le tout premier projet financé dans le cadre de ce programme : un investissement gouvernemental de 1,33 million de dollars, jumelé à une contribution équivalente d’ADM et de ses partenaires privés, Airbus, Avianor, Nolinor et Safran, pour un total de 2,66 millions de dollars. Cet appui garantit désormais la continuité du service jusqu’en décembre 2028.
L’annonce du financement a aussi été l’occasion de souligner le rôle de l’ancien maire de Mirabel, Patrick Charbonneau, initiateur du projet, que la ministre Guilbault a qualifié de « bougie d’allumage » de la navette et du programme qui en a découlé.
Le maire actuel, François Bélanger, a salué cette reconnaissance et rappelé que le projet répond à la fois aux besoins d’accès à la zone aérospatiale pour les travailleurs et les stagiaires, et aux objectifs de réduction de la congestion sur l’autoroute 15 et de l’empreinte carbone du secteur.
Contrairement à un circuit d’autobus traditionnel, YMX Express a été calibré pour coller aux réalités opérationnelles du secteur aérospatial. La navette effectue un trajet direct entre le métro Montmorency et YMX, sans arrêt intermédiaire, afin de garder un temps de parcours compétitif d’environ 35 minutes.
Quatorze départs sont offerts chaque jour de semaine aux heures de pointe, calés sur les quarts de travail dominants du secteur plutôt que sur une grille horaire générique.
Cette synchronisation fine entre l’offre de transport et les besoins réels des entreprises constitue l’un des facteurs clés de l’adoption du service par les employés.
Dès le premier mois d’exploitation, le service transportait en moyenne plus de 200 personnes par jour, avec un taux de ponctualité de 80 % et un taux de fiabilité de service de 99,9 %. Un an plus tard, en septembre 2025, la navette dessert environ 150 passagers quotidiennement, une clientèle établie qui a justifié l’engagement financier public.
L’objectif initial des partenaires était de convertir 15 à 20 % des employés du secteur en utilisateurs réguliers. Cette performance n’est pas passée inaperçue : le projet a remporté le prix Leaders en mobilité durable en 2024, une reconnaissance qui confirme la pertinence de la démarche structurée mise en place en amont du lancement.
Les bénéfices de YMX Express se déclinent sur trois plans distincts.
Sur le plan environnemental, le service vise à réduire une partie des 15 223 tonnes de CO2 équivalent générées annuellement par les déplacements domicile-travail du secteur, chaque conversion d’employé de la voiture solo vers la navette se traduisant par une diminution directe des émissions.
Sur le plan économique, la gratuité du service allège la facture de transport des employés, dans un contexte où les 49 millions de dollars dépensés annuellement en frais de déplacement pèsent lourd sur le budget des ménages.
Sur le plan social, la navette réduit le stress associé aux longs trajets en voiture et renforce l’attractivité du secteur pour de nouveaux talents, un enjeu particulièrement sensible pour des entreprises comme Airbus Canada, qui représente une part importante des employés de YMX.
Le parcours de YMX Express, un service d’abord financé à risque par des entreprises privées, puis validé et pris en charge conjointement par un programme gouvernemental dédié, offre un scénario reproductible pour d’autres pôles d’emploi mal desservis par le transport collectif. La démarche méthodologique qui a précédé le lancement, cartographie des besoins, consultation à grande échelle, ajustement fin du service aux réalités opérationnelles, a permis de bâtir un dossier suffisamment solide pour convaincre un bailleur de fonds public d’investir à son tour. Le programme Partenariats collectifs de l’ARTM, qui prévoit deux autres appels à manifestation d’intérêt d’ici janvier 2026, s’inspire d’ailleurs directement de ce précédent pour structurer son offre auprès d’autres parcs industriels et zones d’affaires des couronnes nord et sud de la région métropolitaine.
Vous gérez une entreprise ou un secteur industriel aux prises avec des enjeux de mobilité pour vos employés? Ces organisations peuvent vous éclairer sur les solutions possibles:
