À l’automne 2024, le Cégep André-Laurendeau (CAL), en collaboration avec MOBA et l’ARTM, a lancé un programme pilote permettant aux membres de son personnel d’essayer gratuitement le transport collectif, avec une facturation basée sur l’utilisation réelle. Cette initiative visait à lever les freins à l’adoption, à encourager un transfert modal durable et à tester une approche flexible avant de déployer des mesures qui s'inscrivent dans la durée. Retour sur une démarche qui a permis de passer de l’essai à l’engagement.
Avant même le déploiement du programme d’essai, le cégep a mené un sondage auprès de son personnel afin de mieux comprendre les habitudes de déplacement et d’évaluer l’intérêt pour une telle initiative.
Au total, 260 membres du personnel ont répondu. Parmi eux, environ 50 % déclaraient se déplacer majoritairement en auto solo pour se rendre au cégep, confirmant un important potentiel de transfert modal. Fait marquant, près de 80 % des répondants indiquaient leur intention de participer au programme d’essai, suggérant un fort intérêt, notamment chez les automobilistes.
Ce sondage a également permis d’estimer les coûts potentiels du programme, un élément clé considérant que les tarifs du transport collectif varient selon les zones tarifaires de l’ARTM. La répartition des lieux de résidence des répondants était la suivante :
Ces données ont permis d’anticiper les coûts réels du programme et de confirmer la faisabilité financière du projet pilote.
Le sondage a aussi permis de tester l’acceptabilité sociale de certaines mesures structurantes. Ainsi, 76 % des répondants se sont dits favorables au principe d’ajouter à la tarification du stationnement une contribution dédiée à un fonds de mobilité durable, destiné à financer la suite du programme d’essai ainsi que davantage de mesures de mobilité.
Le programme d’essai du transport collectif reposait sur une idée simple : offrir aux employés une occasion concrète de tester le réseau sans engagement financier initial. Développé avec l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), ce projet pilote s’inscrivait dans une stratégie globale de mobilité durable portée par le cégep.
Les membres du personnel admissibles recevaient une carte OPUS occasionnelle contenant dix passages valides sur l’ensemble des zones ABCD. Cette couverture étendue visait à rejoindre un large éventail d’employés, peu importe leur lieu de résidence. L’objectif était double : offrir une expérience concrète du transport collectif et recueillir des données sur les comportements et les intentions de mobilité.
L’un des éléments les plus novateurs du programme réside dans son modèle de facturation. Plutôt que d’assumer les coûts de titres non utilisés, le Cégep ne payait que pour les passages effectivement utilisés à la fin de la session.
Cette approche a permis d’éviter le gaspillage souvent associé à la distribution de titres gratuits. Sur les 400 carnets de dix titres distribués :
| Passages utilisés | Nombre de carnets | Pourcentage |
| 0 | 148 | 37 % |
| 1 | 10 | 3 % |
| 2 | 19 | 5 % |
| 3 | 8 | 2 % |
| 4 | 20 | 5 % |
| 5 | 12 | 3 % |
| 6 | 13 | 3 % |
| 7 | 8 | 2 % |
| 8 | 11 | 3 % |
| 9 | 15 | 4 % |
| 10 | 136 | 34 % |
| Total | 400 | 100 % |
Ces résultats illustrent bien la diversité des profils d’utilisateurs, allant des curieux aux utilisateurs réguliers en devenir. Surtout, ils démontrent la pertinence d’un modèle flexible qui réduit les risques financiers tout en maximisant les opportunités d’essai.
Le programme visait en priorité les employés qui utilisent habituellement la voiture, mais qui disposent d’une alternative viable en transport collectif. Cette approche s’appuie sur les constats du Plan de déplacement durable et du stationnement (PDDS), ainsi que sur les résultats du sondage initial.
La forte intention de participation observée chez les répondants, dont une proportion importante d’automobilistes, s’est traduite dans les faits : près de 200 personnes ont participé au programme, majoritairement issues de ce groupe cible.
En proposant un essai gratuit et sans contrainte, le cégep cherchait à transformer une intention en expérience concrète, que ce soit pour tester un trajet, valider un temps de parcours ou se familiariser avec le réseau.
À la suite du projet pilote, le comité de mobilité a recommandé de structurer l’offre de transport collectif pour le personnel. Dès la rentrée 2025, le cégep a implanté des programmes OPUS corporatifs offrant initialement trois mois gratuits pour un abonnement annuel, bonifiés par la suite à quatre mois.
Cette bonification vise à encourager une utilisation du transport collectif à l’année. Elle s’appuie sur les données du PDDS, qui indiquent qu’un rabais d’au moins 25 % est nécessaire pour influencer significativement les comportements.
Le financement de ces mesures repose notamment sur un fonds dédié à la mobilité durable, dont l’acceptabilité avait été testée en amont auprès du personnel, ainsi que sur des aides ponctuelles comme le programme NOMO.
Il est important de préciser que, pour l’instant, les mesures liées au transport collectif mises en place au Cégep André-Laurendeau ciblent principalement le personnel. Cette orientation s’explique en grande partie par les paramètres des programmes de financement disponibles.
Le programme d’essai a notamment été rendu possible grâce à un soutien financier, dont le programme NOMO, qui s’adressait spécifiquement aux employés. De plus, les programmes OPUS corporatifs utilisés pour structurer l’offre permanente sont eux aussi conçus pour le personnel des organisations.
Cela ne signifie pas que la communauté étudiante est exclue de la démarche de mobilité durable du cégep. Plusieurs mesures incitatives leur sont déjà destinées, notamment des subventions pour l’achat ou l’entretien de vélos, des infrastructures extérieures, ainsi que des activités de mobilisation (concours, atelier mécanique-vélo, etc.).
Toutefois, offrir des programmes d’essai ou des rabais structurés en transport collectif pour les étudiants représente un défi plus complexe. À l’heure actuelle, il n’existe pas d’équivalent direct aux programmes corporatifs de l’ARTM adapté à la réalité étudiante à l’échelle institutionnelle.
Le Cégep demeure néanmoins actif dans la recherche de solutions afin d’élargir l’accès à ce type de mesures et de soutenir l’adoption du transport collectif auprès de l’ensemble de sa communauté.
Le programme d’essai ne s’inscrit pas en vase clos. Il fait partie d’un ensemble cohérent de mesures visant à favoriser le transfert modal.
Parmi celles-ci, on retrouve notamment :
Cette combinaison de mesures incitatives et tarifaires permet d’agir à la fois sur les motivations et sur les contraintes, en accompagnant progressivement les automobilistes vers des alternatives plus durables.
Le programme pilote a permis de tester concrètement des hypothèses issues du PDDS, tout en validant les intentions exprimées dans le sondage initial. Les données recueillies, tant sur l’utilisation des titres que sur les profils des participants, ont directement alimenté les décisions du cégep, notamment la bonification des programmes OPUS et le positionnement des mesures incitatives.
L’expérimentation a ainsi permis de réduire l’incertitude et d’orienter les investissements vers les mesures les plus pertinentes.
Bien que le modèle de facturation selon l’utilisation réelle expérimenté dans le cadre du projet pilote ne soit pas reconduit par l’ARTM, plusieurs leviers demeurent disponibles pour les organisations qui souhaitent favoriser l’utilisation du transport collectif.
Le Programme d’aide au développement du transport collectif (PADTC), volet 4, soutient notamment l’élaboration de plans de gestion des déplacements (PGD) ainsi que l’implantation de mesures qui en découlent. Ces mesures peuvent inclure l’acquisition de titres de transport collectif à l’essai pour une période pouvant aller jusqu’à 12 mois.
Pour les organisations sur le territoire de l’ARTM qui souhaitent offrir des avantages en transport collectif à leurs employés, plusieurs options sont également disponibles :
Ces outils peuvent être combinés à d’autres mesures, comme des programmes de sensibilisation, des incitatifs vélo ou des ajustements à la gestion du stationnement, afin d’accompagner progressivement les employés vers des modes de déplacement plus durables.
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